Des homosexuels homophobes

J’avais rencontré un garçon via un site, un jour. Sur ses photos, il avait un faux air de Guillaume Gouix – et j’adoooore Guillaume Gouix (va Googler sa photo, je t’attends). Nous avons passé un premier rendez-vous très chouette, il a beaucoup ri à mes blagues (au cas peu probable où tu ne l’aurais pas déjà remarqué, je suis super drôle), il était effectivement très mignon, et je suis reparti assez confiant. Je lui ai proposé un second rendez-vous rapidement. Là, il m’a adressé un message très poli, contenant une masse de compliments : je suis très drôle (je te l’avais dit) / très cultivé / très sympa / très mignon / très joyeux / etc./ etc. / mais je suis / trop efféminé pour lui et c’est juste pas ce qu’il recherche quel dommage.

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Je ne lui en ai pas voulu, sur le coup. C’est mon amie Laura qui s’en est offusquée : c’est qui ce mec qui te dit des trucs pareils ? Et moi, malgré ma déception amère, de tenter de la raisonner : je comprends, je suis trop efféminé, c’est juste pas ce qu’il recherche, c’est dommage, mais c’est normal.

Parce que son cas est loin d’être isolé. De très nombreux homos cultivent un rejet acharné du pédé efféminé. Cela se traduit par ces très, très, très nombreux profils sur les applications de rencontres gays qui précisent : « viril », « masc. pour masc.», « pas d’efféminé », « no fem », « pas de folle ». Ce comportement excluant intracommunautaire est d’une gravité notoire. C’est ce que d’aucuns appellent de la follophobie. En réalité, ce qu’ils disent par là, c’est : on est homos, mais on est des vrais mecs, et on va tout faire pour vous le prouver. On est homos, mais on déteste les pédales.

Dis donc, ça ne te rappelle pas quelque chose ? Mais oui, ça ne ressemblerait pas à s’y méprendre à un propos homophobe ?

C’est souvent le moment où les esprits des hétéros friendly-mais-qui-ont-jamais-trop-réfléchi-au-sujet-parce-qu’après-tout-bon-voilà-on-s’en-fout-un-peu-les-homos-les-hétéros-quelle-différence-on-est-tous-des-êtres-humains-et-c’est-ça-qui-compte explosent : il existerait des gens A LA FOIS homosexuels ET homophobes ?

Bingo !

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D’un coup, tu vas mieux comprendre pourquoi il y avait des pédés à la « Manif pour Tous », et pourquoi il y a des pédés qui votent FN (même si, je te l’accorde : ce sont sûrement les mêmes). Et pourquoi quand ces organisations brandissent ça en signe de leur ouverture d’esprit, c’est à se taper le cul par terre.

Eh oui : tout comme il existe des racisés racistes et des meufs misogynes, on peut parler, chez certains homos, d’homophobie internalisée. C’est-à-dire que ces homos ont encore un petit morceau d’eux qui, trop lourdement conditionné par la société homophobe et hétéronormée, crie toujours la haine des homos – donc la haine de soi.

Dans une société patriarcale fondée sur l’infériorité de la femme, peut-on vraiment s’étonner qu’ils aient si profondément et si anciennement intériorisé ces préceptes, que, bien qu’ils semblent  assumer leur sexualité, ils recréent ce genre de demi-mesures, de zones grises, d’amalgames et de limites à ne pas dépasser ?

Considérer que pour un homme, tout pédé soit-il, être efféminé, être une « femmelette », c’est pas bien, c’est tout simplement estimer qu’il est dégradant pour un homme de ressembler à une femme… Autrement dit, la femme est l’inférieure de l’homme !

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Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce genre de mecs te précisera souvent dans son profil qu’il est « 100% actif », voire « 200% actif », et qui dit mieux jusque « 1000% » et autres absurdités algébriques. Être pédé, ok, mais pas s’faire enculer : ça, c’est bon pour les fiottes. C’est le bottom shame : être majoritairement passif est moins bien vu qu’être actif. Comme si être pénétré, c’était être soumis – et la soumission, c’est bon pour les femmes, pas pour les vrais mecs, selon la bonne vieille notion comme quoi un homme pénétré ne remplit plus son rôle dominant et que ça, ça craint quand même vachement du boudin.

Bref, ces mecs te rappellent, à chaque swipe, que tu n’es pas ce qu’ils recherchent.  C’est vrai que c’est le droit le plus total d’un individu de savoir ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas chez un partenaire – mais quand cette volonté-là se retrouve de manière aussi massive, on a alors affaire à un phénomène, que l’on peut questionner. Alors, je m’interroge sur ce qui a fait qu’à mon tour, je n’ai rien trouvé à redire lorsque ce type a brandi cette raison-là, ce « défaut »-là. Et c’est sans nul doute parce que moi aussi, j’ai internalisé que c’était mal d’être efféminé.

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Pas besoin de chercher bien loin : on me le rabâche depuis mon enfance, quand au Carnaval de l’école, on était gêné de me voir déguisé en Mary Poppins plutôt qu’en soldat. On me l’a suffisamment rappelé durant mes années collège, lorsque l’on me harcelait allègrement pour ce seul motif, tous les jours. Et on me le répète méticuleusement, profil après profil, quand on prévient : « cherche un mec non efféminé ». J’en étais même arrivé à un point où je pensais à « prévenir » la personne qui souhaitait me rencontrer, que j’étais efféminé, pour ne pas la surprendre – pire, pour ne pas la tromper.

Pourtant, je n’ai jamais fait le choix conscient de parler, de m’habiller, de me comporter comme je le fais. Ce n’est pas une revendication. Ce n’est pas une appropriation. Ce n’est pas une incorporation. C’est qui je suis. Et tout va bien, maintenant. Ma vision féministe intersectionnelle valide cette facette de moi. Je n’en ai plus honte. Je n’en ai plus peur. Je la brandis. Elle fait partie de ce que je suis. Et j’aime ce que je suis. C’est incroyablement libérateur, d’accepter son genre de la sorte. Je suis un garçon qui a une part de féminité et je l’acclame autant que ma part de masculinité. Et je n’en ai vraiment plus rien à cirer qu’on puisse trouver que je pourrais tout de même mettre un sweat à capuche à la place de mon pull oversize-pour-ne-pas-dire-robe.

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Et ça ne me pose aucun problème que tu sois « straight-looking », comme tu dis – un homo qui ressemble à un hétéro – si ça te convient. Mais ne m’en demande pas autant. Ne me force pas à changer pour correspondre aux cases auxquelles la société te force à te conformer sous peine de conspuer ta différence.

Quand je vous vois, avec tous tes potes « masc.. pour masc. », vous plier en quatre pour prouver au monde l’intégrité de votre virilité, je ne ressens qu’une vague impatience pour vous. Une impatience qu’à votre tour, grâce à la vision, infiniment plus libératrice, constructive et soutenante, que je te présente là, vous fassiez la paix avec ce que vous êtes. Tout ce que vous êtes. Même les petites parties que le patriarcat vous oblige à ranger dans ce qui évoque cruellement un petit placard.

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